Projet Énergie Est : pragmatisme et rigueur

Le projet d’oléoduc Énergie Est est actuellement l’objet d’un débat public. Sans vouloir me lancer dans ce chaud débat politique, il me semble important de partager le point de vue de l’AFG au sujet des pipelines, que nous avons présenté dans un mémoire en octobre dernier lors de la consultation publique de la CMM.

Tout d’abord, comme je l’ai exprimé dans un récent billet, la lutte contre le réchauffement de la planète est cruciale, et elle est la responsabilité de tous. Le développement d’énergies alternatives est essentiel afin de satisfaire nos besoins énergétiques futurs dans un contexte de changements climatiques. Les firmes de génie-conseil servent d’ailleurs de nombreux clients, partout dans le monde, œuvrant dans tous les domaines de la production d’énergies renouvelables et alternatives : hydroélectricité, éolien, solaire, biomasse, etc.

Cependant, le Québec dépend encore presque exclusivement du pétrole comme source d’énergie dans le domaine des transports. Et la consommation totale d’énergie au Québec est satisfaite à hauteur de 50 % par le pétrole et le gaz naturel, respectivement à 37 % et 13 %, et ça ne changera pas du jour au lendemain.

Dans ce contexte, il faut encore prévoir le transport du pétrole et du gaz pour plusieurs années, et les pipelines constituent un mode sécuritaire pour ce faire. Sur le territoire canadien, le transport d’hydrocarbures par pipelines est encadré par des règles et des normes strictes qui permettent, malgré les risques, d’assurer une grande intégrité des installations afin de protéger la population et l’environnement.

D’abord, la conception d’un pipeline fait appel aux matériaux de la meilleure qualité et à des méthodes de construction spécialisées. À titre d’exemple, chacune des soudures effectuées sur les oléoducs est vérifiée par des inspecteurs qualifiés et indépendants utilisant des méthodes non-destructives telles que les rayons X ou les ultrasons. De plus, de nombreux audits permettent d’optimiser, en termes de qualité et de sécurité, la réalisation de ces infrastructures. Les nouveaux pipelines sont également soumis à des essais hydrostatiques, à des pressions largement supérieures aux conditions normales d’opération, afin d’assurer leur résistance et leur étanchéité en toutes conditions.

Ensuite, des mesures de précaution additionnelles lors de la conception, telles que des parois plus épaisses et une profondeur de recouvrement plus importante, sont implémentées aux traverses de route, de chemin de fer, de cours d’eau, ou encore à proximité des zones plus densément peuplées. La protection cathodique (protection du métal contre la corrosion) est aussi un aspect important du design.

Suite à la construction, un outil d’inspection interne valide l’intégrité de la conduite. Les opérations d’un pipeline sont surveillées 24 heures par jour à partir d’un centre de contrôle. La surveillance repose à la fois sur des automatismes et sur l’expertise du personnel afin de fournir la réponse la plus rapide possible advenant la détection d’une perte de pression.

La gestion des risques fait également partie des normes adoptées par l’industrie. Des scénarios d’incidents sont évalués et des équipes d’experts valident que tous les moyens sont en place pour en mitiger les conséquences. L’évaluation va de la mise en place de plans de mesure d’urgence adaptés aux communautés à la recommandation d’ajout de moyens de contrôle préventifs pour minimiser la gravité d’un incident.

Une étude publiée par l’Institut Fraser en 2015 confirmait le haut niveau de fiabilité des pipelines pour le transport du pétrole et du gaz. Dans le cadre de cette étude, la compilation des données provenant du Bureau de la sécurité des transports du Canada et de Transports Canada a révélé que durant la période 2003-2013, la vaste majorité des incidents (99 %) impliquant des pipelines n’avaient pas causé de dommages environnementaux. Les oléoducs apparaissent donc comme un incontournable, considérant que le transport de pétrole s’effectue actuellement par d’autres moyens de transport qui doivent supporter une très forte croissance en peu de temps, ce qui augmente nécessairement les risques.

Les normes, de même que les mesures de contrôle, de prévention et d’urgence doivent être appliquées avec rigueur, ce à quoi le savoir-faire québécois en ingénierie peut certainement contribuer.  Le génie-conseil québécois est impliqué dans le milieu et possède toute l’expertise technique nécessaire pour travailler en collaboration avec les entreprises du secteur des hydrocarbures et les instances gouvernementales afin d’assurer un développement sécuritaire, responsable et durable des nouvelles infrastructures.

Les impacts positifs des projets pipeliniers sont nombreux et l’emportent avantageusement sur les inconvénients, en autant que les risques soient gérés adéquatement et que les conditions d’acceptabilité sur les plans social, économique et environnemental soient satisfaites. À cet égard, l’évaluation des projets doit être basée sur des faits scientifiques et les mesures de surveillance et de contrôle appropriées doivent être exigées et mises en place de façon rigoureuse.