Protéger la communauté des Innus de Nutashkuan contre les inondations

À la suite des inondations du printemps 2017, WSP a été appelée à développer une solution afin de protéger la communauté des Innus de Nutashkuan. Le projet d’abaissement régional contrôlé de la nappe phréatique consistait à créer un tunnel souterrain en amont de la zone afin de capter et réacheminer les eaux souterraines loin des habitations les plus vulnérables.

Par son positionnement en bordure du golfe du Saint-Laurent et sa faible élévation par rapport au niveau de la mer, la communauté des Innus de Nutashkuan, dont la population s’élève à 1 077 résidents, connaissait des problèmes annuels d’inondation lors du dégel printanier. En 2017, une importante période de dégel et de fortes pluies ont causé l’inondation d’une soixantaine de résidences.

Zone relativement plane, la région est caractérisée par de vastes dépôts sableux très perméables qui ont une incidence directe sur le niveau de la nappe phréatique[1] après des précipitations ou la fonte des neiges. Ainsi confrontée à un risque réel d’inondation, WSP devait agir rapidement en proposant une solution audacieuse.

Plusieurs exigences se devaient d’être respectées. Nous devions élaborer une solution rentable qui puisse être mise en œuvre assez rapidement et dont l’incidence sur l’environnement serait minimale. La complexité du projet a été amplifiée par l’éloignement de la communauté et son emplacement géographique. Le site ne présentait aucun réseau de collecte des eaux pluviales, puisque les maisons de la communauté n’étaient pas équipées de drain de fondation en l’absence de pente suffisante pour évacuer ces eaux par gravité.

Notre équipe a porté une attention particulière aux répercussions potentielles de l’abaissement de la nappe phréatique sur les écosystèmes côtiers et les régimes hydriques et hydrogéologiques environnants. Un déversoir réglable a donc été installé en aval du système de drainage pour limiter les perturbations et permettre le contrôle du niveau de la nappe phréatique. Notre principal objectif était d’abaisser le niveau maximum atteint par la nappe phréatique en mai lors de la fonte printanière, période où le niveau de la nappe est le plus élevé.

L’équipe de WSP a développé une nouvelle approche en installant des chambres d’infiltration souterraines, qui sont généralement utilisées pour retenir l’eau de pluie sous des surfaces pavées. Les travaux techniques exigés par ce projet étaient basés sur des connaissances du terrain, acquises au cours de plusieurs années de collaboration et confirmées par des enquêtes ultérieures. En l’espace de six mois, les concepteurs ont travaillé avec des experts en hydrogéologie pour mettre en œuvre un programme de surveillance des eaux souterraines et effectuer des tests de perméabilité sur place. L’équipe a aussi créé un modèle informatique permettant de reproduire le comportement hydraulique de la nappe phréatique. 

Au total, 830 m de chambres de captage ont été construits le long de la route 138. Chacune des chambres a une largeur de 1,5 m, une hauteur de 0,9 m et une profondeur de 3 m. De plus, 540 m de tuyaux de 750 mm de diamètre ont été installés dans les chambres, créant ainsi un ruisseau souterrain qui contourne la communauté.

Préserver l’environnement naturel

La solution choisie permet de préserver au maximum l’environnement naturel. Les chambres de drainage le long de la route 138 ont été placées stratégiquement afin d’éviter les travaux d’excavation dans la zone résidentielle de la communauté et la déforestation inutile, puisque la croissance de la végétation est très lente dans la région.

Construit pour à peine 1,8 million de dollars, le système s’est avéré rentable et efficace pour protéger toute la communauté contre les inondations, comme le confirment les mesures piézométriques de 2019 à 2021. L’inondation de 2017 avait à elle seule causé des dommages s’élevant à 4 millions de dollars.

Le projet a également eu des avantages sociaux pour la communauté. L’embauche et la formation de travailleurs locaux ainsi que l’utilisation de ressources locales ont contribué à stimuler l’économie. Les changements climatiques auront probablement un impact croissant sur la variation du niveau des nappes phréatiques. Ainsi, les experts mondiaux dans le domaine seront de plus en plus appelés à cerner l’approche appropriée pour chaque communauté afin de permettre à ses résidents de s’adapter aux conditions locales. La solution novatrice conçue sur mesure pour cette communauté pourrait également permettre une protection à long terme d’autres communautés situées dans des régions soumises à des conditions climatiques semblables.


À propos de l’auteur : Soheil Nakhostin, Gestionnaire, Projets Premières Nations et iCRC Québec au sein de la firme WSP, possède un baccalauréat en ingénierie de l’Université Laval ainsi qu’une maitrise en Science de l’eau. Marié et père de trois enfants, M. Nakhostin œuvre depuis plus de 25 années dans le domaine de la conception et de la construction d’infrastructures urbaines. Il a participé à la réalisation de projets municipaux majeurs au Québec et à l’international, et s’implique particulièrement avec les communautés autochtones québécoises. En tant que spécialiste en génie municipal et en traitement de l’eau chez WSP, il a agi à titre de responsable de réalisations majeures, telles que la gestion de la construction du réseau de collecte et de traitement des eaux usées du sud-ouest de l’île de Tobago, la construction ou rénovation d’usines de traitement des eaux de Nutashkuan, de Harrington Harbour, de Shannon, d’Unamen Shipu, de Manawan et de l’hôpital de Port au Prince et de nombreux autres.

[1] Selon le U.S. Geological Survey (usgs.gov) : L’eau souterraine est l’eau occupant la zone saturée du sous-sol. La surface supérieure de la zone saturée est appelée la nappe phréatique. De la même manière qu’une éponge se remplit d’eau, l’eau souterraine vient combler les pores et les fractures dans les matériaux du sous-sol, tels que le sable, le gravier et autres roches.