COVID-19 et ventilation dans les écoles (2/2)

Dans un premier billet sur la ventilation dans les écoles en temps de pandémie, j’ai notamment abordé les recommandations de l’ASHRAE face à la COVID-19.

Ces recommandations ont été suivies par plusieurs centres de services scolaires, mais elles ne sont pas toujours faciles à appliquer en raison de la vétusté de nos écoles.

En effet, comme le souligne le ministère de l’Éducation dans une publication récente : « Le parc immobilier du réseau scolaire public est vaste et varié. Les 72 centres de services scolaires ont plus de 4 000 bâtiments dont la superficie totale dépasse les 16 millions de mètres carrés. L’âge moyen de ces bâtiments de toutes dimensions est de plus de 55 ans. »

C’est une situation qui n’est pas unique. À titre comparatif, des chercheurs ont découvert dans une étude réalisée cette année que sur l’échantillon analysé seulement 15 % des classes en Californie répondaient aux normes de ventilation en vigueur.

Au Québec, après plusieurs années de restrictions budgétaires, des investissements majeurs ont été consacrés pour corriger des problématiques dans plusieurs écoles où des travaux urgents étaient requis (réfection des toitures, traitement des moisissures, mesure du radon, amélioration de la qualité d’air, etc.). 

Dans le cas des projets de réfection des nombreuses écoles moins récentes qui ne sont pas ventilées mécaniquement, il est presque toujours question également de remplacer des fenêtres et d’améliorer l’enveloppe du bâtiment. Il faut cependant composer avec plusieurs contraintes…

Entre autres, ces écoles présentent souvent un caractère patrimonial et les exigences des comités d’urbanismes doivent être considérées. Il faut aussi respecter les exigences environnementales pour l’élimination ou le confinement des matières dangereuses à l’intérieur (amiante, plomb, etc.) et pour les sols à l’extérieur. Une réhabilitation sismique de la structure des bâtiments est souvent obligatoire pour tenir compte des ouvertures et du poids des nouvelles installations électromécaniques.

Bref, de tels projets exigent une planification à long terme et des investissements majeurs. 

De la crise du verglas à la COVID-19

Plusieurs d’entre vous avez vécu la crise du verglas en 1998. Je fais un parallèle avec cette crise sans précédent qui avait privé le Québec et une partie de l’Ontario d’électricité pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines pour certaines régions. Durant les semaines et les mois suivants, il avait été question de revoir les exigences pour les génératrices de secours et les réseaux électriques essentiels dans divers établissements publics. Après avoir pesé le pour et le contre, il avait finalement été conclu de se concentrer uniquement sur les bâtiments les plus critiques, comme ceux essentiels à la sécurité publique.

Il faut probablement faire un exercice similaire en lien avec la COVID-19, notamment pour les établissements scolaires…

Doit-on concevoir les nouvelles écoles avec des installations électromécaniques surdimensionnées en permanence, pour permettre d’augmenter les taux de ventilation, les taux d’air extérieur et les taux d’humidité relative et améliorer davantage la filtration de l’air?

La question mérite d’être posée. Mais il faut tenir compte qu’en plus d’augmenter les coûts de construction et les coûts des infrastructures publiques, dont le réseau hydroélectrique, des installations surdimensionnées provoquent également une consommation d’énergie accrue, même lorsque ces installations sont utilisées en conditions « normales ».

Les éventuels changements de codes et de normes doivent aussi tenir compte du développement durable, de la protection de l’environnement et des changements climatiques, un autre problème majeur qui ne trouvera pas de solution dans un vaccin. Il n’y a donc pas de solution miracle pour contrer la COVID-19, surtout pour les écoles vétustes. Mais ce n’est probablement pas la dernière pandémie du genre, et la situation actuelle offre une belle occasion de réfléchir aux solutions adéquates à mettre en place pour l’avenir…


À propos de l’auteur : Serge Laurence, ing. PA LEED BD + C préside le comité bâtiment de l’AFG depuis 2015. Il œuvre au sein de firmes de génie-conseil depuis 32 ans, dont les 23 dernières années chez GBi.  Associé, il occupe le poste de vice-président à la direction de la division mécanique et électricité.  Il demeure très actif dans la direction de projets, particulièrement dans les domaines de la santé, de l’éducation et des projets spéciaux. Diplômé de l’École Polytechnique de Montréal en mécanique de bâtiment, il a participé à la révision de normes et standards et il a été impliqué à titre d’expert externe pour le comité d’inspection professionnelle de l’Ordre des ingénieurs du Québec.