COVID-19 et ventilation dans les écoles (1/2)

Le gouvernement du Québec a dévoilé la semaine dernière un rapport sur l’état d’avancement des mécanismes de contrôle de la qualité de l’air dans les écoles. Des tests seront également effectués à compter du 1er décembre pour vérifier la qualité de l’air dans les classes.

Ces mesures font suite à la confirmation par l’Agence de santé publique du Canada de la possibilité de contracter la COVID-19 via des aérosols, des particules microscopiques en suspension dans l’air.

Hôpitaux, centres de recherche et laboratoires scientifiques

Des systèmes de ventilation et de traitement de l’air existent pour contrer ce type de transmission. Les firmes de génie-conseil ont participé à la réalisation de nombreux projets de centres hospitaliers comportant des secteurs critiques, de centres de recherche et de laboratoires scientifiques où certaines installations doivent satisfaire les plus hauts niveaux de confinement pour traiter les poisons, bactéries et virus parmi les plus dangereux et mortels. Les firmes participent d’ailleurs à la révision des normes et des exigences qui s’appliquent à ces installations en fonction des différents niveaux de sécurité et/ou de confinement nécessaires.

Les principaux éléments à optimiser sont les suivants : la pression différentielle négative supervisée, le taux de ventilation élevé avec diffusion laminaire (du plafond vers le plancher), la quantité d’air extérieur versus air évacué, les plages de température et d’humidité relative et la filtration à très haute efficacité.

Pour ce type d’installations, il est essentiel d’identifier précisément les besoins et les risques de façon à répondre adéquatement aux exigences sans commettre d’excès. Certains équipements et les infrastructures requises sont énergivores et coûteux, en plus d’exiger davantage d’espace et du personnel qualifié pour en assurer l’opération, la supervision et l’entretien.

Le cas des écoles et le guide ASHRAE

Dans le cas des écoles, pas plus que pour d’autres bâtiments avec des usages moins critiques que ceux cités précédemment, il ne serait pas réaliste d’investir dans des installations permanentes qui permettraient de se protéger des pires virus.

Concrètement, pour la COVID-19, la disponibilité des équipements, des matériaux et de la main-d’œuvre incitent à faire des modifications limitées à court terme.  

Une des références les plus reconnues mondialement en matière de normes et standards pour les systèmes de chauffage, ventilation et conditionnement de l’air (CVCA) est l’ASHRAE (American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers).

Après avoir créé un groupe de travail formé de plusieurs experts, l’ASHRAE a publié le guide « Epidemic Task Force/ Schools and Universities » ainsi que d’autres guides qui sont accessibles gratuitement sur son site Internet.

Les recommandations des firmes de génie-conseil sont basées sur les prescriptions de ce guide, dont voici quelques exemples :

  • Vérifications de l’état des installations de plomberie (lavabos et éviers pour le lavage des mains et autres installations) et des systèmes CVCA, et identification des conditions pouvant nuire à la qualité de l’air;
  • Prolongement des heures de fonctionnement des systèmes de ventilation en dehors des heures d’occupation et élimination des périodes de fonctionnement à débit d’air réduit;
  • Augmentation des taux d’air extérieur selon les limites des installations et des conditions climatiques;
  • Amélioration de la capacité des filtres et supports de filtres pour une efficacité optimale (MERV 13 et +) dans les limites des forces motrices des ventilateurs;
  • Augmentation du taux d’humidité relative à 40 % en période de chauffage selon les limites des installations et de la température extérieure afin d’éviter la condensation et une détérioration de l’enveloppe du bâtiment.

Pour les écoles avec des installations non conformes aux recommandations et dans les classes non ventilées mécaniquement, il est rappelé qu’il faut ouvrir les fenêtres pour permettre une ventilation naturelle tel que requis même en occupation normale. 

Selon les conditions climatiques ou autres contraintes, lorsqu’il n’est pas possible d’ouvrir suffisamment les fenêtres, il faut considérer d’autres alternatives. Certains établissements ont installé des unités temporaires avec filtres HEPA en mesures alternatives, mais ces « purificateurs » d’air ne peuvent pas remplacer l’apport d’air extérieur. D’autres types d’installations temporaires avec apport d’air extérieur et d’évacuation ont également été considérés. 

Le travail d’un comité d’experts mandaté par le gouvernement pour formuler des recommandations ciblées concernant la ventilation dans les écoles en lien avec la COVID-19 devrait prochainement apporter des solutions alternatives et/ou des ajustements aux mesures sanitaires.  

À suivre… (lire le deuxième billet)


À propos de l’auteur : Serge Laurence, ing. PA LEED BD + C préside le comité bâtiment de l’AFG depuis 2015. Il œuvre au sein de firmes de génie-conseil depuis 32 ans, dont les 23 dernières années chez GBi.  Associé, il occupe le poste de vice-président à la direction de la division mécanique et électricité.  Il demeure très actif dans la direction de projets, particulièrement dans les domaines de la santé, de l’éducation et des projets spéciaux. Diplômé de l’École Polytechnique de Montréal en mécanique de bâtiment, il a participé à la révision de normes et standards et il a été impliqué à titre d’expert externe pour le comité d’inspection professionnelle de l’Ordre des ingénieurs du Québec.