Route 112 : Reconstruire en toute sécurité

En 2009, un glissement de terrain rend impraticable une portion de la route 112, entre Saint-Joseph-de-Coleraine et le secteur Black Lake, à Thetford Mines. Mais reconstruire ce tronçon, alors qu’il longe une ancienne mine d’amiante, apporte son lot de contraintes. Le maître-mot dans ce projet piloté par Norda Stelo et SNC-Lavalin ? La sécurité.

« Dans ce dossier, oui il y a eu des défis techniques. Mais le plus grand défi était avant tout d’assurer la sécurité avant, pendant, mais aussi après les travaux », résume Mélanie Garneau, ingénieure chez Norda Stelo. En effet, plusieurs précautions étaient à prendre pour reconstruire ce tronçon de 10,3 km de la route 112, principal lien routier entre Thetford Mines et Sherbrooke. « Pour les usagers, la fermeture représentait un détour assez important, entre 15 et 30 kilomètres », précise pour sa part Dany McCarvill, ingénieur et chargé de projet transport chez Norda Stelo.

Pour y arriver, il a toutefois fallu composer avec les différents vestiges de l’ancienne mine à ciel ouvert, que ce soit le cratère laissé par les installations ou les haldes de stérile minier, ces immenses amoncellements de roches et de terre excavés. Le site était d’ailleurs tellement accidenté qu’il a fallu en sécuriser les accès avant le début du chantier pour que la machinerie puisse s’y rendre sans problème, décrit le chargé de projet. Il y avait aussi des vides dans le terrain, causés par le dynamitage. L’équipe a donc renforcé le sol, sur la ligne de gel, pour s’assurer de la stabilité de l’ouvrage à long terme.

Limiter les risques

Mais c’est surtout la présence d’amiante qui a compliqué les choses, alors qu’il a fallu déplacer près de 1,5 million de mètres cubes de stérile minier contaminés pendant les travaux. Une opération délicate. « La difficulté, c’est que l’on connaît les méthodes pour décontaminer un bâtiment à l’amiante, notamment en le confinant. Mais quand on travaille en plein air avec des haldes pouvant mesurer 100 mètres de long par une cinquantaine de mètres de hauteur, c’est impossible ! Il a donc fallu innover », explique Dany McCarvill.

Humidification des matériaux pour éviter leur dispersion, système de filtration des résidus, port d’habits de protection et de masques pour les travailleurs qui devaient d’ailleurs se doucher avant de sortir du chantier et échantillonnage régulier de l’air et de l’eau, arrêt des travaux en cas de vent : rien n’a été laissé au hasard pour assurer la sécurité des ouvriers, mais aussi de la population environnante, énumère l’ingénieur. Même les véhicules qui entraient en zone contaminée devaient aussi être lavés avant de traverser le périmètre sécurisé. 

Rouverte à la circulation depuis 2015, la route 112 a été finalisée en 2018. Au grand soulagement des habitants du village voisin, qui voyaient passer près de 8000 véhicules par jour, plutôt qu’une poignée ! Dany McCarvill pense également que les méthodes développées pendant ce projet pourront être utiles dans le futur. « Tout le monde a profité de cette expertise, que ce soit la ville, le Ministère des Transports du Québec ou le secteur de la santé, avec qui nous avons collaboré. » Une avancée intéressante, alors qu’il reste beaucoup de vestiges liés à l’amiante dans ce secteur. Le projet a d’ailleurs été récompensé lors des Grands Prix du génie-conseil québécois 2019 dans la catégorie Infrastructures de Transport.


(NDLR : Ce texte est tiré du dossier spécial publié par Les Affaires sur les Grands Prix du génie-conseil québécois 2019.)

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À propos de l’auteure :Anne-Marie Tremblay est une journaliste indépendante comptant plus de 10 ans d’expérience, qui a également de l’expérience comme coordonnatrice de contenus, rédactrice en chef et pupitreuse. Les sujets de nature sociale, communautaire et locale figurent parmi ses champs d’intérêt. Elle a assuré la rédaction des textes dans plus d’un dossier sur les Grands Prix du génie-conseil québécois publié dans le journal Les Affaires.