Réalisation de projet intégrée vs. la méthode traditionnelle

Le choix d’une méthode contractuelle de réalisation est un exercice ardu où on doit considérer plusieurs facteurs reliés au client, dont la capacité de gestion et l’implication de la partie publique durant la phase de conception, la complexité du projet, l’échéancier, le budget, le milieu social et environnemental, etc.

Une des tendances actuelles dans ce domaine est le mode de réalisation de projet intégrée (RPI ou Integrated Project Delivery – IPD en anglais), qui est bien implanté dans quelques pays, comme la Nouvelle-Zélande et l’Australie, et qui commence à s’établir au Canada.

Ce mode a déjà été utilisé ailleurs au pays dans le secteur du bâtiment (écoles et hôpitaux). Le ministère de la Défense nationale est parmi les premiers à avoir adopté cette méthode de réalisation et on constate aussi que des clients ont privilégié ce mode pour des projets d’infrastructure, notamment le troisième lien de Cataraqui à Kingston, et Union Station, à Toronto.

À mon avis, cette méthode de réalisation est novatrice, car elle permet d’optimiser nos ressources en utilisant les forces de chaque membre de l’équipe. L’équipe élargie comprend le client, le(s) concepteur(s), le(s) entrepreneur(s), les fournisseurs clés et les intervenants clés; chacun doit jouer son rôle pour arriver à livrer le projet. J’ai d’ailleurs participé à cet exercice dans le cadre de certaines offres de service et cela m’a permis d’en tirer quelques leçons.

Par exemple, il faut absolument préparer des budgets et des échéanciers solides pour exécuter le projet. On doit établir des budgets en équipe et ensuite trouver une panoplie de solutions qui répondent aux besoins du client. Au début de l’exercice, le grand défi est de respecter l’enveloppe budgétaire en appliquant des solutions qui sauvent des coûts sans affecter la qualité et la fonctionnalité de l’ouvrage. Le client peut ensuite utiliser ces surplus pour réinvestir dans le projet. Évidemment, créer un surplus budgétaire est une option très intéressante pour le client.

Il faut également modifier la fonction du contrat. Alors que traditionnellement, le contrat peut être une source de conflits, la fonction du contrat est différente en mode RPI : il devient un outil incitatif qui sert à promouvoir un environnement transparent et innovateur, où l’aspect commercial est un livre ouvert, contrairement au mode traditionnel. La réussite et la fierté de l’équipe résident dans la collaboration et la livraison du projet, sans avoir à perdre du temps dans des discussions sur les labilités et les responsabilités.

L’utilisation d’outils technologiques performants est aussi importante dans ce type de projet, comme par exemple les modélisations en 3D qui permettent de consulter le public et d’effectuer des changements en temps réel ou encore l’analyse paramétrique afin d’optimiser structures.  

Voici un tableau qui explique bien les principales différences entre le mode traditionnel et le mode RPI :

Aspects Réalisation de projet
traditionnelle
Réalisation de projet
intégrée

_________
Esprit
d’équipe :
Les équipes sont divisées,
contrôlées, fortement
hiérarchisées, composées
au fur et à mesure avec
le minimum de ressources.
Par définition il existe des
tensions dues aux conflits
d’intérêts, qui limitent la
collaboration et le choix des
solutions.
Entité d’équipe intégrée composée
d’intervenants-clés au projet,
rassemblés dès les
débuts des démarches.
Transparence, ouverture,
collaboration et esprit d’équipe
pour arriver à la meilleure
solution.

_________
ProcédésLinéaires, distincts, isolés.
Accès restreint au savoir,
partage de l’information limité,
cloisonnement du savoir et
de l’expertise, utilisés pour le
bien des entités plus
que le bien du projet.
Progression simultanée à
plusieurs niveaux,
contributions en savoir et
en expertise dès le début,
partage ouvert de l’information,
respect et confiance
des intervenants.
_________
RisquesGestion individuelle,
délégation excessive.
Le signataire du contrat
doit gérer ces risques inclus
dans son contrat même
s’il n’est pas l’entité en
meilleure position pour obtenir
les bons résultats.
Gestion collective, partage justifié
et risques traités par l’entité
la plus en mesure de l’éviter ou
de le mitiger et de fournir
les bons résultats.
_________
CoûtsLes objectifs sont individuels
(par entité) avec l’objectif de
maximiser les résultats avec
le moins d’efforts possible.
L’attitude est fondée
sur les coûts et la
maximisation des profits.
Les objectifs sont collectifs
et fondés sur la valeur
et la qualité. Le succès de
l’équipe est relié au succès
du projet et à la livraison
de la plus-value
déterminée par l’équipe.
_________
Technologies
Les communications sont
traditionnelles et visent
à protéger les intérêts
de chaque entité.
Numérisées, virtuelles, passage
à la modélisation des données
(de niveau 3, 4 et 5).
Les décisions sont collectives et
il y a une bonne utilisation
des nouvelles technologies.
_________
AttitudeEncouragement des efforts
unilatéraux dans le but
de diminuer les risques.
Les risques sont partagés.
On encourage et favorise
le développement et le soutien
du partage ouvert
à caractère multilatéral.

À propos de l’auteur :
Possédant une longue expérience comme chargé de projet et concepteur de ponts, Tarek Mourad occupe actuellement le poste de vice-président, transport du Québec chez WSP, où il œuvre depuis 2018. Il compte 30 ans d’expérience dans 10 pays et il a assuré la réalisation de projets d’envergure ainsi que la conception de nombreux ponts.