Public/privé : passer en mode collaboration

En me levant ce lundi matin, j’ai eu l’impression de retourner plusieurs années en arrière en lisant une manchette du Journal de Montréal ciblant le ministère des Transports (MTQ) et les firmes de génie-conseil : Les chantiers du MTQ dépendent encore des firmes de génie.

L’article s’amorce avec l’affirmation selon laquelle le gouvernement du Québec « continue de payer le gros prix à des firmes de génie-conseil ». Plutôt ironique, alors que tout le monde dans le milieu sait très bien que les tarifs d’honoraires payés aux firmes de génie-conseil pour les contrats des ministères et organismes sont « gelés » depuis 2009.

On s’inquiète également du fait que « les sommes payées aux firmes de génie-conseil par le MTQ sont en hausse » depuis l’arrivée au pouvoir de François Legault.

Dans la région de Montréal et dans pas mal toutes les régions du Québec, il suffit de regarder par la fenêtre pour comprendre pourquoi : il y a de la construction partout! Les sommes allouées aux entrepreneurs en construction suivent d’ailleurs la même courbe à la hausse, et le gouvernement a clairement annoncé ses intentions d’accélérer les projets d’infrastructure pour aider à la relance de l’économie post-COVID-19.

C’est donc une bonne nouvelle, et non une source d’inquiétude… Dans le contexte actuel, nous devrions nous réjouir que les firmes de génie-conseil aient été en mesure de s’adapter rapidement, notamment avec le télétravail, pour continuer à faire avancer les nombreux projets d’infrastructure, et que l’industrie de la construction dans l’ensemble soit parvenue à implanter les mesures nécessaires pour assurer la sécurité sur les chantiers.

Ce n’est évidemment pas le point de vue du syndicat des ingénieurs du gouvernement, qui a pris l’habitude de casser du sucre sur le dos du génie-conseil…

À titre d’exemple, en 2017, j’avais déploré dans un billet sur ce blogue la même attitude du syndicat, qui se plaignait alors dans les médias que le MTQ n’avait pas atteint sa cible d’embauches. Aujourd’hui, alors que l’effectif au MTQ est en forte augmentation et s’établit à 1062 ingénieurs selon l’article, le syndicat, encore une fois, se plaint dans une nouvelle sortie médiatique que plusieurs nouveaux employés sont âgés de 35 ans et moins…

Là-dessus, permettez-moi de vous dire que toutes les firmes de génie-conseil au Québec rêveraient de compter sur un département en transport de plus de 1000 ingénieurs à temps plein, avec plusieurs jeunes pour former une relève!

Malgré ce recrutement que je qualifierais d’assez impressionnant dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, le stratagème de dénigrement de notre industrie se répète.

Pourtant, de nombreuses mesures ont été mises en place depuis la Commission Charbonneau pour réduire les risques de malversations dans les contrats publics. Et sauf erreur, la Commission Charbonneau n’a pas révélé de problème de collusion ou de corruption au MTQ.

À la recommandation #23 de son rapport final, la Commission Charbonneau a même reconnu qu’il « peut être avantageux de recourir aux firmes de génie-conseil lorsque les besoins d’un donneur d’ouvrage requièrent une expertise très pointue ou se manifestent durant une période de pointe ».

Avec les investissements colossaux prévus au Plan québécois des infrastructures 2020-2030 (PQI), je peux vous assurer que nous sommes déjà en période de pointe et que nous devrons mettre à contribution tous les ingénieurs au Québec, autant ceux du secteur public que du secteur privé, pour livrer la marchandise au cours des prochaines années.

Le moment ne serait-il pas bien choisi pour passer en mode collaboration?