Affaires publiques
19 mars 2026
Le dépôt du budget 2026-2027 et la mise à jour du Plan québécois des infrastructures (PQI) confirment une volonté du gouvernement de maintenir le cap sur les investissements en infrastructures. Dans un contexte économique incertain, cette orientation mérite d’être soulignée. Toutefois, au-delà des annonces, une question fondamentale demeure : disposons-nous réellement des conditions nécessaires pour planifier, concevoir et livrer ces projets de manière efficace et prévisible?
L’industrie du génie-conseil observe avec prudence les engagements gouvernementaux. L’expérience récente nous rappelle que, malgré les sommes annoncées, plusieurs projets ont été ralentis, voire interrompus, et ce, dès leur phase de conception. Cette réalité fragilise l’ensemble de la chaîne de réalisation des infrastructures et nuit à la capacité des firmes de planifier leurs ressources.
Un élément particulièrement préoccupant demeure le manque de visibilité et de prévisibilité quant aux sommes réellement consacrées aux services professionnels, notamment en ingénierie et en architecture. À ce jour, il est difficile de savoir quelle part des investissements inscrits au PQI est dédiée aux étapes de planification et de conception, pourtant essentielles à la réussite des projets. Sans cette information, il devient ardu pour les acteurs du milieu d’anticiper la demande et d’assurer une mobilisation optimale des expertises.
C’est dans cette perspective que l’AFG, en collaboration avec l’Association des architectes en pratique privée du Québec (AAPPQ), a récemment déposé une lettre commune auprès de la SQI afin de demander la publication d’une liste détaillée des projets à venir, ainsi qu’une divulgation plus transparente des sommes réservées aux services professionnels. Une telle initiative permettrait d’accroître la prévisibilité du marché et de mieux planifier les investissements, au bénéfice de l’ensemble de l’écosystème.
Par ailleurs, le constat le plus préoccupant demeure l’augmentation continue du déficit de maintien des actifs, qui frôle maintenant les 45 milliards de dollars, soit une hausse de 5 milliards depuis la dernière estimation. Cette situation illustre l’ampleur des besoins et l’urgence d’agir de manière structurée et durable. En clair, nos infrastructures ont besoin de soin et d’amour.
Certains chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans le secteur de l’éducation, les investissements consentis, de l’ordre de 448 millions de dollars supplémentaires, apparaissent nettement insuffisants au regard des besoins croissants. En santé, des projets majeurs, comme ceux de l’hôpital de Mont-Laurier, de Maisonneuve-Rosemont à Montréal et de la Cité-de-la-Santé à Laval, témoignent des défis persistants en matière de modernisation des infrastructures. Du côté du réseau routier, l’état des actifs continue de susciter des préoccupations quant à leur pérennité et à leur résilience.
Face à ces constats, il est impératif de revoir nos approches. L’AFG plaide activement pour la mise en place de mécanismes durables, tels que des fonds de prévoyance dédiés au maintien des actifs. Une telle approche permettrait de passer d’une logique réactive à une gestion proactive, axée sur le cycle de vie des infrastructures. Cette idée était d’ailleurs au cœur de notre plus récent mémoire dans le cadre des consultations prébudgétaires 2026-2027.
Sans cesse, nous rappelons que le génie-conseil constitue un levier stratégique pour le Québec. Fort de ses 28 000 professionnels et de ses retombées économiques de plus de 4 milliards de dollars, le secteur est au cœur de la réalisation de projets structurants, partout sur le territoire. Ce secteur est formé, compétent et innovateur.
Pour relever les défis actuels, une chose est claire : les investissements doivent s’accompagner d’une transparence accrue et d’une meilleure prévisibilité. C’est à cette condition que nous pourrons transformer les annonces en réalisations concrètes et, surtout, durables.