50 ans pour le pont Laviolette à Trois-Rivières

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« Le pont, il nous le faut et nous l’aurons! ». C’est le slogan que scandait la radio de Trois-Rivières dans les années 50 pour faire la promotion de la construction d’un pont entre les deux rives du fleuve Saint-Laurent.

Le 20 décembre 1967, les souhaits de la communauté pour un nouveau lien autoroutier se concrétisaient avec l’ouverture du pont Laviolette, un ouvrage d’art signature pour le génie québécois, dont l’impact s’est avéré extraordinaire pour le développement de la région.

Cette année, différentes activités ont été organisées à Trois-Rivières pour souligner le 50e anniversaire de l’inauguration du pont.

La semaine dernière, de nombreux invités se sont notamment réunis lors d’un événement commémoratif. Parmi eux se trouvait un ancien administrateur de l’AFG, Jean Demers, fils du concepteur du pont Laviolette, Georges Demers, de la firme de génie-conseil Demers, Lemieux et Roy.

Ce même Georges Demers, premier de sa promotion à l’École Polytechnique de Montréal en 1935 et récipiendaire d’une bourse du gouvernement du Québec en 1937, a aussi été le premier francophone président de la Corporation des ingénieurs professionnels du Québec en 1954, l’ancêtre de l’Ordre des ingénieurs du Québec.

En cette année de commémoration, Jean Demers a bien voulu partager avec Perspective certains faits historiques entourant cette grande réalisation…

Signature du contrat de services professionnels en novembre 1962. Georges Demers, à gauche, et Jean Wickendon, à droite, Président de la Corporation du Pont de Trois-Rivières.
Signature du contrat de services professionnels en novembre 1962. Georges Demers, à gauche, et Jean Wickendon, à droite, Président de la Corporation du Pont de Trois-Rivières.

En novembre 1962, le bureau d’études de Georges Demers est mandaté par la Corporation du Pont de Trois-Rivières pour la conception, la préparation des plans et devis et la surveillance des travaux du pont.

Concevoir une telle œuvre d’ingénierie il y a plus de 50 ans était un travail colossal d’études et de calculs. Il faut se souvenir qu’il n’y avait pas d’ordinateurs très performants à cette époque. Il y avait de bonnes « règles à calcul » et des machines à calculer rudimentaires. C’était un vrai défi!

La construction commence en avril 1964, et sera marquée par un accident tragique le 7 septembre 1965, avec l’explosion d’un caisson causant la mort de 12 travailleurs.

Érection de la structure d’acier du pont Laviolette, 1967
Érection de la structure d’acier du pont Laviolette, 1967

Après un arrêt du chantier pendant six mois, la méthode de construction est modifiée et le pont est finalement ouvert à la circulation moins de quatre ans plus tard. Tout un exploit pour les concepteurs et constructeurs d’un projet d’une telle envergure, réalisée au coût de 50 M$. La travée centrale du pont Laviolette (1000 pieds ou 335 mètres) est la troisième plus longue au Canada pour des ponts de ce type.

Plus récemment, en 2009, le projet majeur de remplacement du tablier du pont Laviolette a également été primé lors de la 7e édition des Grands Prix du génie-conseil québécois.

Remplacement du tablier du pont Laviolette, 2008.
Remplacement du tablier du pont Laviolette, 2008.

Ce dernier projet, dont le budget s’élevait à 85 M$, a permis la réalisation de deux premières québécoises : d’une part, l’utilisation de poutres préfabriquées sur une structure d’acier composite et continue, et d’autre part, l’installation de travées préfabriquées de plus de 30 m de portée et pesant plus de 180 tonnes.

Le respect de l’environnement, des délais et des coûts, ainsi que l’amélioration de la sécurité des usagers et de la durabilité de la structure faisaient partie des objectifs à atteindre pour les firmes de génie-conseil SNC-Lavalin, BPR (aujourd’hui Tetra Tech) et Pluritec. Au printemps 2008, la mission était accomplie.

Bref, l’expertise du génie-conseil québécois est étroitement lié à l’histoire du pont Laviolette, véritable emblème pour la région de Trois-Rivières et une infrastructure centrale du développement économique, touristique et culturel de toute la région de la Mauricie.

Le mot de la fin revient à Jean Demers, qui a pris l’initiative de rappeler la mémoire de son père et de son rôle déterminant dans la réalisation du pont Laviolette :

« Les ingénieurs, les concepteurs ainsi que les artisans sont malheureusement parfois oubliés lorsque les travaux sont terminés et inaugurés. Ces grands ouvrages d’art sont des projets d’une grande complexité et mettent à l’épreuve les meilleurs talents pour les concevoir, les réaliser et leur donner une longue vie. »

Pour en savoir plus sur les 50 ans du pont Laviolette, je vous invite à consulter les reportages dans le Courrier du Sud et Le Nouvelliste.

 

Élection de Georges Demers à la présidence de la Corporation des ingénieurs professionnels du Québec en avril 1954 à l’hôtel Sheraton Mont-Royal. De gauche à droite : John D. Coleman, président de la National Society of Professional Engineers (États-Unis) et sa conjointe; Georges Demers; Robert F. Shaw, président sortant et vice-président de Foundation Company of Canada; Lucile Besner, conjointe de M. Demers.
Élection de Georges Demers à la présidence de la Corporation des ingénieurs professionnels du Québec en avril 1954 à l’hôtel Sheraton Mont-Royal. De gauche à droite : John D. Coleman, président de la National Society of Professional Engineers (États-Unis) et sa conjointe; Georges Demers; Robert F. Shaw, président sortant et vice-président de Foundation Company of Canada; Lucile Besner, conjointe de M. Demers.

 

 

georgesdemers_1954_150x200À propos de Georges Demers
La firme de génie-conseil de Georges Demers laisse pour mémoire une participation exceptionnelle et patrimoniale à la société en termes d’ouvrages d’art et de génie civil remarquables qui méritent d’être soulignés. Au cours de sa carrière, Georges Demers a également apporté une contribution caritative importante comme donateur et ingénieur-conseil responsable de la structure de l’hôtellerie, de la crypte de l’église et de la tour de 225 pieds de hauteur abritant le clocher de l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac, dans les Cantons de l’Est. Après plus de 37 ans de vie professionnelle et 30 ans comme ingénieur-conseil, Georges Demers est décédé subitement le 19 octobre 1972, à l’âge de 60 ans seulement.

 

jean_demers_9731_150x200À propos de Jean Demers
Ingénieur civil (retraité), Jean Demers détient un baccalauréat en génie civil de l’Université Laval (1966) et une maîtrise en ingénierie de la University of California, à Berkeley (1967). Après plusieurs années au sein d’une grande firme de génie-conseil, il occupe de 2008 à 2015 la fonction de directeur général du bureau de Montréal du Groupe MMM Limitée, ingénieurs-conseils (aujourd’hui WSP). Il a notamment assumé le rôle de directeur du mandat d’ingénieur indépendant du Prolongement ouest de l’autoroute 30, complété en décembre 2012.